20.08.2026

Forum sur la migration féminine : de la vulnérabilité à l’action

Dans un contexte de mobilité humaine croissante, les trajectoires migratoires des femmes en Afrique de l’Ouest sont de plus en plus autonomes. Elles migrent à la recherche d’opportunités économiques et professionnelles, notamment dans le commerce, le travail domestique, l’agriculture ou encore les services.

Ces parcours restent toutefois marqués par de nombreuses vulnérabilités. La précarité juridique et sociale, le travail informel sans contrat, l’accès limité à la protection sociale et la méconnaissance des dispositifs existants figurent parmi les principaux défis rencontrés. À cela s’ajoutent les discriminations, l’exploitation économique, le harcèlement et les violences basées sur le genre.

Ces réalités demeurent encore insuffisamment prises en compte dans les politiques publiques. Dans les espaces où se définissent et se mettent en œuvre les politiques migratoires, les femmes migrantes restent également sous-représentées. 

C’est dans ce contexte que s’est tenu, les 7 et 8 août 2026 à Cotonou, le Forum régional sur la migration féminine, la protection et la cohésion sociale au Bénin, placé sous le thème « De la vulnérabilité à l’action ». Organisé par la Plateforme Multi-acteurs de la Migration au Bénin (PMB), avec l’appui de la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES), de la CSI-Afrique, de la Coopération syndicale internationale et le Réseau Syndical sur la Migration Méditerranéen Subsharien (RSMMS), le forum a réuni des participantes et participants issus de plusieurs pays et de différents secteurs concernés par les questions migratoires.

Mettre les réalités des femmes migrantes au cœur du débat public

Les travaux ont porté sur les dynamiques de la migration féminine et sur les réponses à apporter aux difficultés rencontrées par les femmes au cours de leurs parcours migratoires.

La communication introductive, animée par un expert des questions migratoires au Bénin, a permis de poser les bases de compréhension des principaux enjeux, des flux migratoires et des vulnérabilités auxquelles sont confrontées les femmes dans l’espace ouest-africain.

Les échanges se sont poursuivis avec des interventions consacrées aux mécanismes institutionnels de protection et d’accompagnement. L’Institut national de la femme (INF) a notamment présenté son rôle dans la défense des droits des femmes et des filles, ainsi que les mécanismes à travers lesquels il peut intervenir dans les situations de violences faites aux femmes. Une intervention d’un expert de la protection civile est également venue compléter ces réflexions.

Une session consacrée aux expériences migratoires a ensuite permis de mettre en regard les réalités du Sénégal, du Niger, du Mali, de la Côte d’Ivoire et du Bénin. Un groupe de parole réunissant des femmes migrantes issues de la communauté hôte et des déléguées syndicales a permis de mettre en discussion les parcours vécus, les difficultés rencontrées et les attentes des premières concernées.

Ces échanges ont notamment permis de mettre en évidence l’écart qui peut exister entre les dispositifs institutionnels et les expériences concrètes des personnes migrantes : celles qui les utilisent, celles qui en contournent les limites ou celles qui rencontrent des difficultés à y accéder.

Des expériences syndicales aux parcours migratoires

Les discussions ont porté sur les initiatives de syndicalisation dans le secteur informel et auprès des travailleuses domestiques, les mécanismes d’accompagnement juridique, l’accès à la protection sociale et les obstacles rencontrés dans les différents contextes nationaux. La syndicalisation apparaît ainsi comme l’un des leviers permettant de renforcer la capacité des travailleuses migrantes à faire entendre leurs revendications et à participer aux discussions portant sur leurs conditions de travail et leur protection.

La situation des migrantes de retour a également fait l’objet d’une attention particulière. Leur réintégration économique et psychosociale, la reconnaissance et la valorisation des compétences acquises au cours de la migration ainsi que l’accès aux dispositifs d’accompagnement constituent encore des défis importants au Bénin et dans la sous-région.

Les expériences présentées par la PMB au Bénin et par d’autres acteurs sous-régionaux ont permis d’illustrer les initiatives existantes telles que le centre d’écoute, les différentes formations de réinsertion, des ouvrages sur les droits des migrants et le plaidoyer auprès des institutions étatiques. 

Faire des réalités locales une ressource pour les politiques migratoires

La protection des droits des femmes migrantes ne peut reposer uniquement sur l’existence de cadres juridiques. Elle dépend également de leur mise en œuvre effective dans les espaces où les personnes migrent, travaillent, s’installent, retournent et construisent leurs relations avec les communautés d’accueil.

Les échanges entre organisations syndicales, organisations de la société civile, institutions publiques, collectivités territoriales, communautés migrantes et femmes migrantes permettent précisément de faire remonter ces réalités dans le débat public. Les solutions développées au niveau communautaire peuvent contribuer à identifier des obstacles qui restent parfois invisibles dans les dispositifs institutionnels. Également à documenter des pratiques susceptibles d’être renforcées, adaptées ou reproduites dans d’autres contextes.

Les communautés doivent ainsi être considérées comme des actrices à part entière de la gouvernance migratoire. En donnant une place aux expériences des femmes migrantes, des migrantes de retour et des communautés d’accueil, le dialogue public peut mieux articuler protection des droits, accès aux services, travail décent, cohésion sociale et mobilité.

De Cotonou à des engagements pour les politiques migratoires

Les deux journées de travaux ont abouti à l’adoption de la Déclaration de Cotonou, qui formule plusieurs recommandations à l’attention des différents acteurs concernés par les politiques migratoires.

Ces recommandations portent notamment sur l’accès sans discrimination aux soins, la mise en place de mécanismes d’information et d’orientation, l’assistance juridique et psychosociale le long des couloirs migratoires, ainsi que la lutte contre les violences basées sur le genre et le renforcement de la protection juridique transfrontalière.

La déclaration appelle également à la création d’espaces permanents de dialogue interculturel associant les femmes migrantes et les communautés locales. Elle encourage par ailleurs la valorisation des initiatives économiques et culturelles portées par les femmes migrantes comme leviers de cohésion sociale.

Une attention particulière est accordée aux jeunes filles et étudiantes migrantes, notamment en matière de démarches administratives, de protection, de parrainage et d’insertion professionnelle.

À l’attention des États africains, la Déclaration de Cotonou appelle à traduire les engagements internationaux et communautaires en cadres nationaux effectifs et à réduire les tracasseries administratives et policières auxquelles peuvent être confrontées les personnes migrantes aux frontières. Elle invite également les partenaires techniques et financiers à renforcer leur soutien aux programmes locaux et sous-régionaux consacrés à la protection et à l’autonomisation des femmes migrantes.

Renforcer les solidarités au-delà des frontières

Le Forum régional de Cotonou s’inscrit dans une approche qui considère les expériences de terrain comme une ressource pour améliorer les politiques migratoires. Les parcours migratoires dépassent les frontières nationales et appellent, en conséquence, des mécanismes de protection, de dialogue et de plaidoyer capables de dépasser ces mêmes frontières.

Pour la Friedrich-Ebert-Stiftung Bénin, les espaces de dialogue et de partage d’expériences contribuent à rapprocher les politiques publiques des réalités vécues par les populations. Ils permettent également de mettre en relation des acteurs qui interviennent à différents niveaux et de faire émerger des priorités communes.

Le renforcement des solidarités transfrontalières et syndicales, ainsi que le partage d’expériences entre femmes syndicalistes, femmes migrantes et actrices de terrain, constituent dès lors des leviers importants pour faire progresser la protection des droits et la cohésion sociale dans l’espace ouest-africain.

Le passage « de la vulnérabilité à l’action » suppose ainsi de ne pas seulement documenter les difficultés rencontrées par les femmes migrantes, mais aussi de reconnaître leur capacité à participer aux réponses, à porter leurs revendications et à contribuer à l’élaboration de politiques migratoires plus inclusives.

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